vendredi 30 juin 2017

nouvelle : les femmes qui ne veulent pas d'enfant

Et voici la deuxième nouvelle de mon projet d'écriture. Vous avez été nombreux à bien accueillir le projet, beaucoup moins à me faire un retour sur la première mais ce n'est pas grave, je persévère. La réussite, c'est enchaîner les échecs sans abandonner, c'est ça ? Je vous propose aujourd'hui de découvrir la deuxième nouvelle. Un sujet bien tendu, bien délicat comme il faut : le cas des nullipares ou plutôt des femmes qui ne veulent pas d'enfant. Pourquoi j'ai choisi ce sujet ? Le thème global de mon recueil est la différence, la différence qui ne se voit pas. Être une femme est en soit déjà un sacré truc aujourd'hui, sans être particulièrement féministe ou quoique ce soit, la condition de femme est encore loin d'être celle d'un homme. Alors quand une femme ne désire pas d'enfant, ouh la ! On touche carrément à la survie de l'espèce. Le ou la première qui me laisse un commentaire en me disant : "tu ne veux pas d'enfant Manon ?", je l'étripe. 
De quoi parle la nouvelle ? C'est l'histoire de Tessa, journaliste dans un magazine féminin qui se voit attribuée comme sujet : les nullipares. Elle-même concernée, elle n'arrive pas à écrire son article qu'elle doit rendre pour le soir même. On rentre dans une réflexion de la femme qui ne veut pas enfanter et qui ne sait même pas comment se justifier car tout est une question d'envie et de choix. 
J'espère que ça va vous plaire. Comme d'habitude, voici le début de la nouvelle, et si vous voulez aller plus loin, cliquez ici pour télécharger le PDF. Je n'ai pas refait de format ePub car je n'ai eu aucun retour concernant ce besoin et j'avais perdu une bonne heure à bidouiller quelque chose.

— Nous ne sommes pas loin du bouclage. Je n’ai pas encore eu ton papier sur les nullipares, Tessa. Tu penses pouvoir me l’envoyer avant ce soir ?



— Oui, pas de problème, je suis en train de le terminer !

Pour de vrai, elle n’a pas encore commencé. Pour la première fois, depuis dix ans qu’elle travaille dans cette rédaction, elle est en retard. Pire, elle a une panne d’inspiration. Elle ne sait pas dire si c’est une chance ou un corvée d’avoir à écrire sur le sujet le plus tabou de France (même du monde) : les femmes qui ne veulent pas d’enfant. Tessa en fait partie, elle ne veut pas d’enfant. Elle soufflera ses trente-cinq bougies dans une semaine et, non, toujours pas envie. Impensable, incompatible, impossible de s’imaginer mère. Toutes les filles de la rédaction ont un ou deux, ou trois enfants. Elle est la seule, avec les stagiaires, à n’avoir aucune excuse pour partir avant 17 h. On lui a déjà fait la réflexion : « mais de toute façon, c’est quoi ta vie en dehors du travail ? » puisqu’elle n’a pas d’enfant. Qu’est-ce qu’une femme de 35 ans peut bien faire après le travail si elle n’a pas un être humain à gérer, à nourrir, à laver, à aimer. Devant son ordinateur, elle repense à toutes ces recherches qu’elle a effectuées pour écrire ce foutu article. Elle a rencontré des femmes comme elle, se sentant moins seule, mais elle ne pouvait pas partager ce choix. Tessa est journaliste et doit rester neutre. Son papier ne doit pas être orienté. Les 4500 signes sur les nullipares doivent être politiquement corrects. C’est un sujet sensible. Elle a toutes ces interviews enregistrées dans son téléphone, prêtes à être retranscrites, analysées, synthétisées. Selon le dictionnaire Hachette, nullipare « se dit d’une femme qui n’a jamais accouché » et non pas d’une femme qui ne désire pas d’enfant. Or l’objet est là. On parle de désir, d’envie, de choix de vie. Comme une carrière, un métier, un mari, un amant, une orientation sexuelle, un plat sur une carte. Un choix. Depuis toujours Tessa a en horreur les enfants. Petite, elle n’aimait pas les enfants plus jeunes qu’elle. Adolescente, c’était un dégoût. Avec le temps, elle s’est adoucie. Elle est devenue tante à plusieurs reprises. Impossible de rejeter ses neveux et nièces. On lui a souvent dit aussi : « Tu verras, quand ce sera les tiens, ce sera différent. »

Devant son ordinateur, elle cogite. Elle peaufine l’angle. On parle bien de faire un choix. Nous sommes libres, nous les femmes. Si un homme n’a pas d’enfant, on ne lui dira rien. Une femme devient immédiatement suspecte. Non pas douteuse, mais on s’inquiète de son avenir, car elle a choisi de ne pas s’accomplir. Dans l’inconscient collectif, faire un enfant est la forme unique d’épanouissement de la femme. Tout le reste n’est que superflu. Tout le reste ne sert qu’à « cacher » ce désir inavoué de mettre bas et de s’occuper d’un être jusqu’à la fin de ses jours. Ophrah Winfrey, Simone de Beauvoir, Arielle Dombasle, Angela Merkel… Tessa est loin d’être la seule. Mais c’est la seule dans son entourage. Elle ne veut pas rentrer dans ce débat interminable qu’on lui rabâche depuis quinze ans maintenant : qui a tort ? qui a raison ? Les nullipares ont-elles raison de ne pas vouloir d’enfants et de vouer leur vie à une liberté sans limites ? Les mères ont-elles raison et détiennent-elles les clés de la porte du Bonheur. Avec un grand B. Les nullipares vont-elles regretter quand elles seront vieilles et seules ? Les mères vont-elles finir vieilles et seules ? Des questions qui ne demandent aucune réponse. Des questions sans réponses. Pourtant, les gens essayent de convaincre Tessa. Quand elle allait voir une amie à la maternité qui venait de mettre au monde le premier, le deuxième ou le troisième. À chaque fois, on lui chantait le même refrain.
Merci d'avance pour vos avis, merci d'avance de prendre le temps de me lire ! Bonne lecture !
J'en profite aussi pour vous dire que le blog sera en vacances pour les deux prochaines semaines. Hé oui, c'est la première fois que ça arrive. De toute façon, l'été les visites se font plus rares. Mais n'hésitez pas à me suivre Instagram (pas folle) d'ici là !

xx

10 commentaires:

  1. Super cette nouvelle, c'est un sujet qui me touche et j'aime beaucoup la facon dont tu l'abordes. Tu dis que tu n'as pas trop de retour sur ta novuelle precedente, et je me demande si ce n'est pas parce qu'une fois qu'on a accede au pdf, il faut manuellement faire un retour sur ton blog pour pouvoir commenter. J'avoue avoir lu la nouvelle et fermer la page direct, une fois que j'avais fini. Je pensais retrouver ton blog dans un de mes onglets ouverts mais j'ai du rechercher ton blog pour pouvoir venir commenter. Peut-etre que si tu fais s'ouvrir le pdf dans un autre onglets, les gens retourneront direct sur l'onglet avec ton blog ouvert pour commenter! Enfin bon, je ne suis pas sure de comment on fait ca mais c'est juste une petite idee :)

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    1. Merci beaucoup beaucoup beaucoup pour ton avis sur ma nouvelle !
      Oui ça doit forcément jouer et pourtant je mets bien que le lien doit s'ouvrir dans une autre fenetre mais ça ne le fait pas... C'est super chiant...

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  2. Bonjour Manon,
    Je viens de finir cette nouvelle, félicitation pour ton travail!
    J'avais aussi beaucoup apprécié la première, mais en effet pas laissé de commentaire... je réalise maintenant que c'est important pour toi d'avoir des retours sur tes textes, alors bravo!
    J'aime beaucoup la thématique que tu as choisi et la façon dont tu abordes ces sujets !
    Bonne soirée à toi et vivement la prochaine nouvelle :)

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    1. Merci 1000 fois Charlotte ! Non mais je taquine pour la première, ce n'est pas grave, c'est déjà énorme de prendre le temps de me lire. Mais les avis sont intéressants ou rassurants pour moi... C'est ma vraie passion, c'est mon rêve tout ça....
      Bonne soirée à toi aussi et encore merci pour ton commentaire, ça me touche beaucoup !

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  3. Bonjour Manon
    J'ai pris le temps de lire cette nouvelle et je t'avoue que cela m'a interpellé car en fait, ayant 2 enfants, je ne mettais jamais mis dans la tête de quelqu'un de nullipare et surtout je n'avais pas eu de jugement sur ces femmes qui n'ont pas d'enfants ou qui n'en veulent pas.
    Effectivement je trouve qu'avoir des enfants n'est pas une finalité dans la vie.
    Voilà mon retour.
    Toujours un plaisir de lire tes articles, quelles qu'ils soient.
    Ps : il y a des coupures de mots en fin de lignes qui me gênent (arriv-er, page 4). Détail !

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  4. Salut Manon ! J'ai beaucoup aimé cette nouvelle, et le petit rappel "chacun fait ce qu'il lui plaît" (bel écho avec la première). C'est vrai que le fait de ne pas vouloir d'enfant en offusque beaucoup, comme si c'était la suite logique dans l'existence de toutes les femmes, après avoir trouvé quelqu'un. Ton dialogue entre Tessa et Nadine est vraiment bien écrit, et met en avant plein d'arguments sur la différence et les envies qui y sont liées. Super boulot sur cette nouvelle ! Hâte de lire la prochaine :)
    En attendant, je te souhaite de bonnes vacances :-)

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    1. Merci beaucoup Clarisse ! Ton retour me fait très plaisir !

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  5. Très sympa cette nouvelle! Une de mes meilleures amies est tout comme Tessa et en lisant ces lignes j'avais l'impression de l'entendre! La société nous impose tellement de standard, laissons donc les femmes être ce qu'elles veulent... Longue vie Tessa :)

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Merci pour vos commentaires ! C'est toujours un plaisir de vous lire. Et si vous avez une question, j'y répondrai avec plaisir :-)